Chapitre I : 5- Sartre : Le désir, moteur de la conscience

Le désir est le moteur de la conscience ; c’est pourquoi toute conscience est un jeu entre l’être et le néant, entre l’être du monde et le néant négateur et créateur d’être de la conscience

La naissance du moi : c’est la séparation entre le moi et le monde qui permet leur double émergence au sein d’une conscience individuelle

Pour être soi, il faut ne pas être tout. L’individualisation suppose la constitution d’une frontière entre ce qui est moi et ce qui n’est pas moi. Cette séparation est comme un triple accouchement : celui de la conscience, du moi et du monde. La conscience de l’enfant naît de ce que la mère reste partiellement défaillante à sentir les besoins de son enfant. Le moi est d’abord un moi-frontière puis un moi-désir.
→ Le manque, et son corollaire psychique le désir, sont donc les deux fondements de la conscience.

La philosophie sartrienne : la conscience et la liberté sont des néants face à l’être.

L’être humain est celui qui insère le néant dans l’être, et initialise le changement.

L’homme est celui qui insère du néant dans l’être, en ce qu’« il est évident que le non-être apparaît toujours dans les limites d’une attente humaine. », Sartre, L’Être et le Néant, Première partie « Le problème du néant », Chapitre Premier « L’origine de la négation », II- Les Négations.
Pour Sartre, et c’est en cela que consiste l’originalité de sa philosophie, le néant est lié à la réalité même de l’homme, à la conscience et au désir.
« L’être-en-soi » : « l’être est. L’être est en soi. L’être est ce qu’il est », l’Être et le Néant, Introduction : À la recherche de l’être, VI- L’Être en soi.
Mais l’homme porte en lui une puissance négatrice de l’être : la conscience : « l’être-pour-soi » : la liberté.

La conscience a pour essence la liberté. Cette dernière est négatrice de l’être et créatrice du nouveau dans l’être

Sartre oppose en l’homme qui n’est pas fait que de conscience, deux types d’être : « l’être-en-soi » et « l’être-pour-soi ».
L’être-en-soi c’est la réalité contingente d’un être particulier. Cet être-en-soi, qui est aussi appelé « facticité », est le fait que l’être soit absolument et résolument affirmé. Chez l’homme, ce qui correspond à l’être-en-soi ou à la facticité, c’est son passé, là où son être s’est manifesté, affirmé et incarné en habitudes, en caractère, en personnalité.
L’être-en-soi que je suis est tout ce que, dans le passé, j’ai choisi de faire ou d’être et qui m’entraîne et même m’enchaîne dans le présent. C’est aussi mon corps, ainsi que toutes les déterminations qui pèsent sur moi, sociales, psychologiques, physiologiques, génétiques, etc.
Mais je suis aussi liberté, parce que je suis une conscience. Sartre appelle « pour-soi » cet être très particulier qu’est la conscience, parce que la conscience est réflexive, retour sur soi dans une conscience de soi. Or cet être-pour-soi n’existe que si nous ne collons pas complètement à l’être, bref que si nous ne sommes pas complètement ce que nous sommes. C’est ce qui fait dire à Sartre que la mauvaise foi est constitutive de la conscience. La mauvaise foi est propre à l’être humain en tant qu’il est un être conscient.

La mauvaise foi signe le jeu qui s’installe toujours entre facticité et liberté, entre l’être et la conscience

Je suis de mauvaise foi lorsque j’affirme un être, puisque je ne suis jamais complètement cet être-là que j’affirme. Mais je suis aussi de mauvaise foi lorsque je nie ce que je suis, lorsque je nie le poids de la facticité et la pente qu’il représente.
La mauvaise foi n’est donc pas, selon Sartre, l’expression d’une défaillance ou d’une faute, elle est constitutive de la conscience elle-même, en tant qu’elle exprime aussi bien une faiblesse du sujet qui se refuse soit à la liberté, soit à l’être, qu’une lutte permanente et peut-être toujours en échec de la conscience pour vivre son authenticité de liberté. Que je m’identifie en effet à ce que je suis, à mon être tel que mon passé l’a constitué ; ou que je nie mon être et mon passé, je suis de mauvaise foi : « Si la mauvaise foi est possible, c’est qu’elle est la menace immédiate et permanente de tout projet de l’être humain, c’est que la conscience recèle en son être un risque permanent de mauvaise foi. Et l’origine de ce risque, c’est que la conscience, à la fois et dans son être, est ce qu’elle n’est pas et n’est pas ce qu’elle est. », L’Être et le Néant, Première partie, Chapitre II – « La Mauvaise Foi », III – « La « foi » de la mauvaise foi ».
Je ne peux donc que jouer à être quelque chose, et essayer de ne pas me prendre au jeu : L’Être et le néant, Première partie, Chapitre II, II – Les conduites de mauvaise foi, l’exemple du garçon de café : « Le garçon de café joue avec sa condition pour la réaliser.»
Assumer sa liberté, c’est assumer l’infinité des possibles qu’elle ouvre devant moi, accepter de choisir et de porter la responsabilité de ses choix. L’angoisse est donc le sentiment « naturel » de la conscience, dès lors qu’elle s’accepte pleinement comme liberté, comme ce qui ouvre les possibles dans le monde : « l’angoisse est la saisie réflexive de la liberté par elle-même. », L’Être et le néant, Première partie, Chapitre 1, V- L’origine du néant.

La liberté ne se manifeste pleinement que comme négation de l’être, et création d’un nouvel être

Selon Sartre, je peux à chaque instant décider de changer le projet général de ma vie, dans lequel la plupart du temps je m’inscris.

Le rôle du désir et des « négatités » dans l’émergence conjointe de la conscience et de la liberté face à l’être

La conscience en tant qu’être-pour-soi est manque d’être. Ce vide cherche à se remplir et pour cela le sujet de la conscience se tourne vers l’être, hors de soi, dans une tentative pour le posséder, pour obtenir par là cette plénitude d’être à laquelle il aspire. Ce faisant, le sujet projette ce vide hors de soi, dans le monde qui, du même coup, se révèle à la conscience. « Je m’attendais à voir Pierre et mon attente a fait arriver l’absence de Pierre comme un événement réel concernant ce café, c’est un fait objectif, à présent, que cette absence, je l’ai découverte et elle se présente comme un rapport synthétique de Pierre à la pièce dans laquelle je le cherche : Pierre absent hante ce café et il est la condition de son organisation néantisante en fond. », L’Être et le néant, Première partie, Premier Chapitre, II- Les négations.
Voilà comment naissent les négatités, qui sont de véritables projections de néant dans l’être, des projections qui viennent du sujet, de ses doutes, de ses désirs, de ses craintes, bref de sa propre négativité, de son néant intérieur, et qui révèlent l’être qui est, tout en le négativant.
Le néant des négatités est ce qui crée cette distance, sans laquelle la conscience ne peut pas être. Mais en même temps, cette négativité engendre une positivité plus haute. Elle peut se faire créativité.

 

Vincent

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