– N’y a-t-il de réel qu’interprété ?

– N’y a-t-il de réel qu’interprété ?

Mais si l’interprétation est partout présente dans la culture, si le sujet est amené sans cesse, à côté des démonstrations qu’il doit pratiquer dans le domaine restreint des sciences, à développer des interprétations dans le vaste domaine des arts et des lettres, n’est-ce pas parce que l’interprétation et une dimension inhérente au domaine encore plus vaste de la vie elle-même et de la réalité dans son ensemble ? On peut en effet estimer que ce qui définit le réel, c’est qu’il prête à interprétation, du moins pour les êtres humains et, peut-être, plus généralement encore, pour beaucoup de vivants. Au fond, n’est-ce pas la vie elle-même qui interprète, et si ce qui se trouve au fond de la vie, c’est ce que Nietzsche appelle la « volonté de puissance », ne faut-il pas dire avec lui que « la volonté de puissance interprète », que la vie est un perpétuel interpréter ?
→ Nietzsche, la volonté de puissance (1884), fragments posthumes.
Il serait alors vain de prétendre s’emparer du réel dans le cadre d’une connaissance discursive qui ne serait pas interprétative, la démonstration elle-même n’étant peut-être qu’une interprétation, comme le souligne Nietzsche en ces termes : « l’idée que la physique n’est, elle aussi, qu’une interprétation du monde (…) et non pas une explication du monde commence peut-être à poindre dans cinq ou six cerveaux. », Par-delà le bien et le mal, §14. Peut-être que la science elle-même, bien qu’elle s’en défende, serait à compter au nombre des interprétations du monde…

Vincent

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