Faut-il être cohérent ?

I- La cohérence comme critère de rationalité

1- Une définition logique
La cohérence est au commencement de tout discours, comme le soulignait Aristote : « On ne peut croire en même temps qu’une chose est et qu’elle n’est pas », Métaphysique, Gamma 3, 1005b 23–24.
1- Le souci des autres
Hume, Enquête sur l’entendement humain, III, « l’association des idées » : cette cohérence n’est pas la cohérence logique : elle concerne le lien qui unit nos propos à venir avec ceux que nous avons déjà tenus.
Dans cette conception, le terme de « suivre » un propos prend toute son ampleur.
3- Faut-il être cohérent pour penser ?
La pensée n’est pas la raison : distinction de Descartes : Lettre au marquis de Newcastle (23 novembre 1646). Car si le langage est un ensemble de signes mis en place pour que nous puissions communiquer nos pensées, il faut comprendre que le fou, qui dispose du langage, pense aussi, quand bien même il ne penserait pas dans les termes de la rationalité. Il n’est donc pas nécessaire d’être pourvu de la raison pour penser. Mais être pourvu de la raison, est-ce être logique ou être cohérent ? Pouvons-nous dire que le fou est cohérent ?

 

II- Ordre et désordre

1- Un discours en ordre
C’est cette exigence que posait Leibnitz quand il appelait de ses vœux une langue universelle qui rendrait nos contradictions éclatantes et qui les marquerait dans la forme même de notre discours → Lettre à J. Berthet, 1677. Une telle langue nous libérerait de la crainte que nous pouvons avoir d’être incohérents sans nous en apercevoir.
2- Mais l’ordre ne suffit pas
3- Il faut savoir être cohérent
Le principe de charité-> Quine, P. Engel
→ Supposer que le discours de l’autre a un sens. Or rien ne dit que cette cohérence soit de l’ordre de l’évidence la plus offerte.
Pour que l’effort du principe de charité ait un sens, il faut que cette cohérence soit à construire, dans mon discours ou dans le discours de l’autre.
Il faut être cohérent en restant dans la dynamique de la pensée et non dans la répétition stérile.

 

III- La cohérence pratique

1- Une exigence kantienne
L’impératif catégorique : Fondements de la métaphysique des mœurs, I.
Puis-je, dans l’universel, continuer à vouloir ce que je veux ?
L’exigence de cohérence dans la pratique peut-elle être perçue comme l’exigence éthique elle-même.
Nous pouvons parler, dans la pratique, d’un devoir de cohérence.
2- Les dangers de la cohérence
Benjamin Constant, Réactions politiques, IV : devrons-nous pousser cette cohérence de notre action et de nos principes jusqu’au point où nous signalons, à des forces injustes qui nous interrogent, la présence chez soi d’un ami que nous avions accepté de cacher ? Ne devons-nous pas assouplir la loi du devoir, ce qui n’a aucun sens pour Kant, et mentir pour sauver cet ami ? Il ne suffira pas d’être cohérent mais il faudra savoir adapter le devoir aux circonstances dans lesquelles il s’applique.
3- La liberté
La cohérence de notre action n’est donc pas tant celle de notre maxime, dans les termes de la non contradiction logique que nous retrouvons chez Kant, mais la cohérence plus intime de notre moi.
Bergson : l’acte libre est celui par lequel je manifeste le plus complètement mon mode d’être au monde. Une action libre est une action dans laquelle je suis le plus en cohérence avec moi-même, non pas seulement avec mes principes moraux, mais avec tout ce que peut être ce sujet que je suis.
Essai sur les données…, III- De l’organisation des états de conscience, la liberté.
En ce sens, l’acte libre est comparable au geste par lequel l’artiste crée une œuvre d’art. Nous sommes libres dans la mesure où l’acte que nous accomplissons exprime absolument et sans restriction ce que nous sommes et ce que nous voulons que soit notre rapport au monde. Ainsi il n’est pas juste de dire qu’il faut être cohérent ou bien c’est au sens où il faut être cohérent comme il faut être libre. Comme il faut être soi-même. Ce que nous rencontrons ici, c’est la thématique de la fidélité à soi par-delà la seule cohérence logique de notre action, par-delà la seule non-contradiction de nos actions avec les principes qui doivent être les nôtres.

 

Vincent

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