Descartes, Correspondance avec Élisabeth et autre lettres

– La princesse Élisabeth : puissance de l’affliction. Lettres à Descartes : 24 mai 1645 et 22 juin 1645 dans Correspondance avec Élisabeth et autre lettres.

Dans cette correspondance, Élisabeth prend l’initiative et place le philosophe en face d’un problème qu’il n’avait jamais envisagé comme tel : la difficulté de se soustraire à l’affliction (Lettre du 24 mai 1645), la difficulté qu’il y a à guérir l’âme seulement par la simple force de la raison en se représentant soi-même et son bon sens comme son seul bien ; car, pour Descartes, jusqu’ici, telle est la seule façon de se soustraire à l’empire de la passion : « Une personne qui aurait une infinité de véritables sujets de déplaisir, mais qui s’étudierait avec tant de soin à en détourner son imagination, qu’elle ne pensât jamais à eux, que lorsque la nécessité des affaires l’y obligerait, et qu’elle employât tout le reste de son temps à ne considérer que des objets qui lui pussent apporter du contentement et de la joie », Lettre à Élisabeth, mai/juin 1645. C’est précisément à cette « prescription » qu’Élisabeth réagit immédiatement le 22 juin 1645, signalant à Descartes l’insuffisance de ses recommandations. Dans celles-ci, le philosophe ne considère, en effet, que la question de savoir ce que veut, ou doit, la raison et jamais celle de savoir ce qu’elle peut, la question du pouvoir de la raison étant une question instrumentale : il suffit de trouver le bon moyen. Le problème de l’empire des passions n’en est alors pas vraiment un car il est toujours possible de trouver le bon instrument pour s’en rendre maître : Les Passions de l’âme, Article 50 : « Qu’il n’y a point d’âme si faible, qu’elle ne puisse étant bien conduite acquérir un pouvoir absolu sur ses passions ».

Élisabeth met l’accent sur la distorsion entre les sentences du bon sens philosophique et l’expérience qu’elle fait de l’empire que prend sur elle la passion qui, précisément, la dépossède de son bon sens. Il s’agit, pour elle, de témoigner de son étonnement face à ce pouvoir de la passion que Descartes méconnaît, dont il ne rend donc pas possible la compréhension adéquate. Dès lors, il ne s’agit pas tant de réclamer un remède que de réclamer une explication qui rende compte de cette possibilité pour la passion d’être, même seulement momentanément, notre maître : voir développements de Descartes sur l’admiration.

Vincent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *