Chapitre XV : 5- Le courant idéaliste de la philosophie politique : Rousseau et l’état de nature

L’idéalisme républicain de Rousseau

L’état de nature rousseauiste révèle que l’essence de l’homme est la liberté

L’état de nature tel que Rousseau le conçoit n’est pas seulement non civique et non politique, mais aussi anté-social, l’état de société n’étant pas naturel selon lui. L’homme qui vit dans cet état de nature n’est donc pas encore un homme, puisqu’il est « naturel », antérieur à toute cette vie sociale et culturelle qui le fait advenir à lui-même, mais il en a toute la potentialité. Pour Rousseau, dès lors qu’on redonne du sens au caractère « naturel » de l’état de nature, il apparaît que loin d’être un lieu permanent de violence où règne « la guerre de tous contre tous », c’est au contraire un état de paix tranquille. Adapté au sein d’une nature abondante et nourricière, « l’homme naturel » vit librement et solitairement, fuyant la compagnie de ses semblables : Second Discours.
Ce que nous montre Rousseau dans le Second Discours, avec le long développement de cet imaginaire bucolique et solitaire de l’homme naturel, c’est qu’au fond de l’homme il y a une essence d’indépendance et un besoin d’autonomie inaliénables. L’homme naturel est un homme fondamentalement libre. La liberté humaine est donc quelque chose qui ne peut en aucun cas se perdre, ni se donner, ni s’échanger contre quoi que ce soit, la sécurité y compris. Certes l’homme, pour être vraiment un homme, doit être formé, éduqué, imprégné des autres et de la culture qu’ils lui transmettent. Mais cette éducation ne devrait jamais, selon Rousseau, aller jusqu’à la négation de l’essence que sont la liberté et la recherche de son individualité propre. Elle devrait au contraire en permettre le plein développement.
C’est pourquoi, pour Rousseau, la pensée politique n’a pas à travailler d’abord sur ce qui est, mais sur ce qui devrait être, afin de saisir l’essence des choses et de voir comment la réalité politique peut s’y adapter au mieux. Si l’on se réfère à l’essence de l’homme, la vie politique ne devrait jamais aboutir à une tyrannie, tout pouvoir imposé à un individu étant illégitime. « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers », ainsi commence le premier chapitre du Contrat Social, montrant bien que la réalité politique, constituée par des questions de pouvoir et de hiérarchie, n’est pas conforme à la réalité essentielle de la nature humaine.

Vincent

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