Chapitre XV : 5- Le courant idéaliste de la philosophie politique : Rousseau et le contrat social

Le contrat social est donc, selon Rousseau, au fondement de toute vie politique

Le terme de Contrat Social, choisi par Rousseau pour désigner l’acte fondateur de toute vie politique, la sortie hors de l’état de nature et l’entrée dans un monde ordonné par les lois, est très intentionnellement différent de celui de pacte social usité par Hobbes. Un pacte social, c’est, en effet, ce qui met fin à un état de guerre et impose au vaincu le tribut qu’il accorde au vainqueur. Un contrat est en revanche un terme d’abord commercial, qui désigne un échange de biens de valeur identique entre deux partenaires, qui trouvent chacun leur avantage à la transaction. L’homme qui quitte l’état de nature, tel que le décrit Hobbes, est aux abois. Il paie au pouvoir politique le lourd tribut de sa liberté naturelle, afin de vivre dans un État pacifié par la force policière du roi et d’avoir accès à la prospérité économique que permet cet État. Selon Rousseau, cette analyse hobbienne du fondement de la vie politique est erronée, car l’homme qui contracte renonce, en fait, à la solitude de l’état de nature pré-social qu’imagine et décrit Rousseau, pour entrer dans un état de vie communautaire. Entrer en relation avec les autres et accepter un règlement de ces relations ne signifie pas renoncer à soi-même et donc à la liberté qui est l’essence de tout être humain.
Le contrat social est l’explicitation d’une association, qui se fait de chacun avec chacun et créé le tout qu’est le peuple. Chacun trouve grand intérêt à cette association, et c’est pourquoi il la recherche. Il est évident qu’en quittant la vie naturelle, autrement dit en vivant avec les autres, en renonçant à la solitude, l’homme ne peut plus faire n’importe quoi. Il renonce donc à une certaine forme naturelle de la liberté, mais pour acquérir une autre forme de liberté, une liberté civique : « Si donc on écarte du pacte social ce qui n’est pas de son essence, on trouvera qu’il se réduit aux termes suivants : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout. », Contrat social, Livre 1, Chapitre 6 : Du pacte social. Il n’y a pas d’exception au contrat social contrairement au pacte hobbien, qui laisse à un des hommes une liberté naturelle intacte qui se transformera en volonté royale. Ce qu’explicite le contrat social tel que le conçoit Rousseau, c’est que dès lors que nous voulons vivre ensemble, nous avons tous à faire des efforts et des concessions. C’est chacun d’entre nous, sans exception, qui doit tenir compte des autres et qui doit accepter de faire le travail nécessaire à cette vie en commun. Quant aux règles de cette vie en commun, Rousseau nous montre que nul ne peut les donner légitimement hormis la communauté tout entière.
Lorsqu’une communauté existe, c’est donc par l’adhésion de chacun des membres à cette communauté, et cette adhésion, qui est proprement le contrat social, fait que chacun est un membre égal et à part entière au sein de cette communauté, et doit participer aux décisions qui concernent l’ensemble de cette communauté. Si cette communauté s’étend à un peuple, c’est le peuple tout entier qui est le seul souverain légitime, et la volonté du peuple, que Rousseau appelle volonté générale, est seule habilitée à prendre toutes les décisions qui concernent la vie en commun.

Vincent

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