Chapitre XV : 5- Le courant idéaliste de la philosophie politique : Rousseau et la liberté

Qu’est-ce qu’être libre dans la relation à l’autre ?

En passant le contrat social, les hommes passent d’un état d’indépendance et de solitude où chacun fait tout ce qu’il désire à un état de relation où il faut bien tenir compte des autres, et se donner des règles de vie en commun. Pourtant ce passage n’altère pas la liberté individuelle. Pour le comprendre, il nous faut approfondir la notion de liberté. Il ne faudrait pas croire qu’être libre, c’est faire n’importe quoi, sous l’impulsion du moment ou du caprice. Être libre, c’est « n’obéir qu’à soi-même ». Encore faut-il savoir ce qu’est « soi-même ». Suis-je fondamentalement tel désir, telle passion, telle impulsion ? Bien évidemment non, et lorsque je vais ainsi au gré de mes humeurs, je ne m’obéis pas à moi-même. Dans un état de solitude, je peux être aliéné, soumis aux injonctions de cette partie pulsionnelle de mes passions. Dans la relation que j’ai avec moi-même, je ne suis libre que lorsque je suis maître de moi-même, maître chez moi, en moi, et donc que lorsque je me maîtrise. Je ne suis libre que lorsque je m’obéis à moi-même ou plus exactement lorsque les pulsions et impulsions, les affects et les affections obéissent à la raison et à la volonté.
L’autorité de l’État est à bien des égards semblable à celle du parent, car les hommes ne sont pas toujours des citoyens matures. Il faut alors, nous dit Rousseau, que l’État, cette expression concrète de la volonté du peuple souverain, force ceux qui ne sont pas raisonnables à être libres : « Chaque individu peut, comme homme, avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen : son intérêt particulier peut lui parler tout autrement que l’intérêt commun ; son existence absolue, et naturellement indépendante, peut lui faire envisager ce qu’il doit à la cause commune comme une contribution gratuite, dont la perte sera moins nuisible aux autres que le paiement ne sera onéreux pour lui ; et regardant la personne morale qui constitue l’État comme un être de raison, parce que ce n’est pas un homme il jouirait des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs du sujet ; injustice dont le progrès causerait la ruine du corps politique. Afin donc que ce pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale, y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera à être libre. », Du contrat social, Livre 1, Chapitre 7 : Du souverain. Il faut que, par un système juridique et judiciaire adéquat, les hommes qui ne sont pas encore libres soient tenus d’agir comme s’ils étaient, c’est-à-dire comme s’ils étaient adultes et raisonnables. En quelque sorte, les enfants et citoyens immatures agissent alors comme s’ils étaient libres, bien qu’ils ne le soient pas et aient besoin de la tutelle parentale ou étatique pour compenser leur manque de liberté.

Vincent

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