Chapitre XV : 5- Le courant idéaliste de la philosophie politique : Rousseau et la démocratie

Le contrat social est fondamentalement démocratique : la souveraineté inaliénable est celle du peuple tout entier

À l’issue du contrat social, il y a bien une transformation des relations des individus, qui sont désormais soudés entre eux par leur propre décision. Il y a émergence d’une communauté qui est un peuple, et qui fait que chaque individu est désormais membre de ce peuple. Nous le voyons, alors que le pacte hobbien fondait une hiérarchie politique qui mettait fin à une égalité primitive et créait un peuple autour d’un roi, le contrat social crée un peuple autour d’une égalité civique : tous les membres du peuple sont égaux politiquement et devant la loi. Ils sont tous membres du souverain qu’est le peuple, et en tant que tels, ils participent tous à la volonté générale, autrement dit ils prennent, à égalité, les décisions de vie commune. À chaque consultation électorale ou référendaire les citoyens se manifestent ainsi comme membres du souverain. Mais ils sont tous aussi sujets de ce souverain et, en tant que tels, ils doivent tous s’incliner devant ses décisions et obéir à ses injonctions. Alors que le pacte social de Hobbes tend naturellement vers la monarchie absolue, le contrat social de Rousseau conduit à l’émergence de la démocratie, comme régime fondamental et qui reste tel, quel que soit le régime réel et gouvernemental que le peuple choisit de vivre. Cet état politique fondamental et naturel, qui est au fondement de toute vie politique saine, peut en effet se traduire dans la réalité des faits par un État de type monarchique ou aristocratique, car le peuple peut décider que ce type de gouvernement LUI convient. Mais il le décide démocratiquement, par un « contrat de gouvernement » qui est secondaire et que Rousseau prend bien soin, se démarquant ainsi de Hobbes et d’autres, de distinguer du contrat social fondateur de la vie en commun : « Un peuple, dit Grotius, peut se donner à un roi. Selon Grotius un peuple est donc un peuple avant de se donner à un roi. Ce don même est un acte civil ; il suppose une délibération politique. Avant donc d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bon d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple ; car cet acte, étant nécessairement antérieur à l’autre, est le vrai fondement de la société. », Du contrat social, Livre 1, Chapitre 5 : Qu’il faut toujours remonter à une première convention. Quelle que soit la forme de gouvernement qui est choisie, pourvu qu’elle soit légitime, c’est-à-dire précisément choisie par l’ensemble du peuple, elle est sous-tendue par une démocratie principielle : « je dis donc que la souveraineté, n’étant que l’exercice de la volonté générale, ne peut jamais s’aliéner, et que le souverain, qui n’est qu’un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même : le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté. », Ibidem, Livre 2, Chapitre 1 : Que la souveraineté est inaliénable. Cela signifie que si un gouvernement ne convient plus, il est légitime que le peuple le limoge et il en est de même pour toutes les formes que peut prendre un État. Et si à plus forte raison une tyrannie s’est imposée, il est non seulement du droit du peuple, mais aussi de son devoir, de se révolter pour redevenir maître de son propre destin. C’est le droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes que pose ainsi Rousseau, droit si évident de nos jours, mais qu’il fut le premier à justifier, s’opposant encore une fois à Hobbes sur ce point. Dans ce type d’État, démocratique par son fondement même, la liberté individuelle de chacun n’est pas altérée : d’une liberté naturelle les individus passent à une liberté civique.

Vincent

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