Chapitre XV : 4- Le courant idéaliste de la philosophie politique : le charisme

Étude du charisme, de ce qui fait que des hommes spontanément délèguent leur aptitude décisionnelle à un autre.

Selon Freud (Psychologie des foules et analyse du moi), et c’est en cela que réside sa thèse sur les phénomènes de foule et le charisme, le leader incarne par un phénomène projectif et libidinal l’idéal du moi des individus, réactivant ainsi chez les autres l’infantile devant le père. Ce que le leader décide, tous semblent donc l’avoir décidé et voulu, parce que chacun se retrouve alors dans l’impression rassurante et même exaltante, mais enracinée dans un archaïsme, d’appartenir à une même famille, à un sens fraternel soudé autour du Père originel : Psychologie des foules et analyse du moi (1921), dans Essais de psychanalyse : « Le meneur de la foule demeure toujours le père originaire redouté, la foule veut toujours être dominée par une puissance illimitée, elle est au plus haut degré avide d’autorité, elle a, selon l’expression de Le Bon, soif de soumission. Le père originaire est l’idéal de la foule qui domine le moi à la place de l’idéal du moi. L’hypnose peut prétendre à juste titre à cette appellation : une foule à deux ; il reste comme définition de la suggestion : une conviction qui n’est pas fondée sur la perception et le travail de la pensée, mais sur un lien érotique. »
Nous pensons que si tout dans le politique n’est pas réductible au phénomène charismatique, il n’en est pas moins vrai que le charisme de certains leaders existe et qu’en outre la fascination que produit le chef politique, notamment sur les adhérents de son parti, relève de ce même comportement primitif et qu’il faut étudier l’infantile en l’homme pour le comprendre. Si la formation spontanée d’un mouvement de foule se fait par la mise sous silence de la partie la plus individualisée et la plus intelligente de la personne, il ne faut pas s’attendre à ce que la personnalité charismatique du leader du groupe fasse impression par son usage de la raison et de l’intelligence. Comme le dit Freud, la foule suit celui qui parle le langage des passions et des impulsions primitives. Le leader, qu’il soit spontané comme dans un mouvement de foule, ou qu’il soit un homme politique au sein d’institutions organisées, n’existe comme tel qu’en incarnant « magiquement» le pouvoir attribué primitivement au père tout-puissant. En face de lui, les individus tendent à retrouver un psychisme plus infantile, plus primitif, plus affectif, avec un accueil satisfait de cette puissance, de cette autorité indiscutable. L’histoire regorge de ces tribuns ayant conduit leur pays à un véritable désastre éthique, l’exemple le plus connu est sans doute celui d’Hitler. Nous sommes là loin de l’idéal républicain de Platon et du roi-philosophe.

Conclusion-la nécessité d’une éducation citoyenne

L’idée que nous garderons de la république de Platon est celle sur laquelle il fonde toute sa philosophie politique, même si elle est peut-être inapplicable, telle que nous venons de la voir : le pouvoir politique ne devrait être exercé que par les meilleurs d’entre les membres d’une cité, c’est-à-dire par ceux qui ont conscience de la servitude qu’implique le pouvoir et non par ceux qui aiment exercer le pouvoir. Il nous faut conserver en outre l’idée si importante que le meilleur tempérament se gâte s’il n’a pas reçu une éducation adéquate. À une période si difficile sur le plan social, les hommes semblent redécouvrir la nécessité d’une éducation citoyenne dont ils se sont un moment défiés par peur des modèles fascistes et totalitaires, qui faisaient de l’éducation soi-disant citoyenne un de leurs credo. L’éducation des enfants à la conscience communautaire et éthique authentique, nous semble au contraire le rempart contre les dérives politiques que représentent les totalitarismes. Même si l’on admet le postulat platonicien selon lequel le pouvoir politique ne doit revenir qu’aux meilleurs des hommes, et même si l’on admet le postulat idéaliste et élitiste qui est le sien, et donc l’existence d’hommes meilleurs que les autres, d’hommes vraiment intelligents et dévoués, autrement dit d’une élite authentique, éduquée à la raison et au service de la collectivité, le chemin semble long pour permettre la réalisation de cette union dans les faits entre la sagesse et le pouvoir. C’est aussi pourquoi l’idéalisme de Platon est bien un idéalisme.

Vincent

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